Projet “LikeYou-KomToi”: rassembler les enfants du monde autour de ce qui les unit

Michel Clar est un professionnel du tourisme originaire des Pyrénées. Accompagnateur en montagne depuis 24 ans, il a notamment été guide polaire au Spitzberg pendant plusieurs saisons pour l’agence Grand Nord-Grand Large. Passionné de vidéo et de communication, il s’est lancé dans un projet de films pédagogiques ayant pour objectif de sensibiliser les enfants du monde à ce qui les rassemble plutôt qu’à ce qui les différencie. A travers les portraits de différents enfants, filmés de par le monde, il intervient dans les écoles et ouvre le débat sur les problématiques communes que sont l’accès à l’eau potable, à l’éducation, aux soins, à la nourriture et à la gestion des déchets ainsi que la capacité pour ces jeunes de se projeter dans un futur désirable.

VA: Michel, pouvez-vous nous présenter le concept des vidéos “LikeYou-KomToi”?

 

MC: ” Au départ, il y a l’envie de prendre le contre-pied du discours ambiant, largement relayé par les hommes politiques qui ne cessent de pointer les différences entre les êtres humains issus de différentes cultures. J’ai eu envie de m’intéresser aux ressemblances plutôt qu’aux différences. En filmant la journée type d’une petite fille vivant en Matheysine (Sud Isère) ou bien en Mongolie, j’ai envie de montrer aux jeunes que, malgré les différences culturelles, tous ont finalement les mêmes besoins et les mêmes préoccupations: se nourrir, boire, aller à l’école, se soigner, s’occuper d’un animal, jouer.  Avec LikeYou-KomToi, je souhaite amener les enfants à découvrir des sociétés qui évitent de créer des problèmes pour lesquels nous essayons, dans nos sociétés, de trouver des solutions technologiques complexes et souvent défaillantes. La gestion des déchets en est un bon exemple: dans la steppe mongole, une famille de cinq personnes produit 1 kilogramme de poubelle par semaine alors qu’une famille de cinq français génère facilement une poubelle de 100 litres par jour. J’ai envie de montrer aux enfants qu’il est plus simple de ne pas créer le problème plutôt que d’avoir à le résoudre. ”

VA: Comment réagissent les écoliers français au film “Narha et les yacks” qui relate le quotidien d’une petite fille de 9 ans, issue d’une famille d’éleveurs nomades mongols ?

 

MC: ” J’ai pour l’instant présenté le film à des élèves de cycle 2 et 3 (du CE1 au CM2) et les enfants ont toujours été très attentifs lors des vingt minutes de projection. J’ai volontairement souhaité qu’il n’y ait pas de parole dans le film, il n’y a donc rien à lire ni à écouter. Ainsi, la barrière de la langue disparait. Je tiens à ce que les images se suffisent à elle-mêmes. Dans le film on voit Narha prendre part à diverses tâches: aller chercher de l’eau à la rivière, s’occuper des yacks, préparer la pâtes des raviolis traditionnels. Les enfants sont impressionnés par son assurance et son habileté. Quand je leur demande de me décrire ce qui est différent par rapport à leur vie, ils me parlent souvent de la scène où l’on voit le papa de Narha tuer le mouton et la petite prendre ensuite part à la découpe. ” Eux ils tuent le mouton! ” s’est exclamé un petit garçon lors de la dernière projection. ” Et toi, ici, quand tu manges le mouton, il est vivant ? ” lui ai-je rétorqué. Le dialogue avec les enfants à l’issue du film permet souvent de faire tomber pas mal de préjugés et de clichés. Dans le film, ont voit par exemple Narha quitter la steppe en Toyota Prius pour aller à l’école. La semaine, elle vit en ville dans un appartement et y regarde la télé sur un grand écran plat! ”

VA: Comment s’est passé le tournage en Mongolie ?

 

MC:  “J’ai été accueilli dans la famille de Narha pendant 10 jours grâce à un partenaire touristique avec lequel je travaille sur place. C’est une famille de pasteurs nomades qui ont une histoire intéressante car ils ont vécu à la ville pendant plusieurs années (le père y était policier et la mère cuisinière) avant de revenir s’installer dans les steppes boisées de Mongolie Centrale pour y faire de l’élevage. Ils possèdent près de 500 animaux: chèvres, moutons, vaches, yacks et chevaux. J’avais emmené avec moi le film que j’ai réalisé sur Marie, une petite française de 9 ans dont les parents font de l’élevage biologique de bovins dans le sud de l’Isère. Ils ont ainsi pu avoir une idée de ce que je souhaitais filmer. Tout s’est fait très naturellement, j’ai toujours demandé l’autorisation avant de sortir la caméra, quitte à parfois rater de belles scènes.  Cette famille, comme beaucoup de Mongols, est très fière de sa culture et de sa civilisation. Ils avaient le désir de montrer à d’autres leur mode de vie ancestral.”

VA: D’autres films sont-ils en préparation ?

 

MC: ” Oui, j’ai pas mal de projets. En février je me rends en Russie. Je vais y rencontrer Egor, un petit garçon de 9 ans qui vit en Carélie, une région au nord du cercle polaire. Là-bas aussi j’aurai une interprète et je vais organiser une projection de “Marie et les vaches” ou bien de “Narha et les yacks” dans une école. J’ai aussi le projet d’aller filmer en Chine au mois de mars. J’ai des contacts avec une famille qui vit à Pékin. Et puis à l’été 2018, je retourne au Groenland. J’avais eu un véritable choc esthétique et émotionnel pour ce pays. J’y avais d’ailleurs tourné, en 2009, mon premier film qui s’intitulait “Voyage au Pays des Inuits”. Il s’agissait à l’époque d’alerter les écoliers français sur les problématiques liées au réchauffement climatique dans cette région du monde.”

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Pour en savoir plus :

 

Site internet : KomToi.net